La fièvre de l’or, des rivières aux ateliers d’orfèvres

Oubliez les légendes ! Le trésor dont raffolent les Piémontais, caché dans le lit des rivières les plus méconnues, vaut son pesant d’or. « Une fois que cette fièvre vous prend, elle ne part plus jamais ! » admettent tous les membres de l’association Biellese des chercheurs d’or, la plus grande d’Italie – une centaine d’adhérents. C’est un beau jour de 1986 en lisant un article de journal sur une « ruée vers l’or » en bas de chez lui, dans le fleuve Elvo aux abords de la bourgade de Cerrione, que Valter Pizzoglio, le président de ces passionnés, a décidé de prendre son tamis. Aujourd’hui expert en la matière, il nous expose le matériel : rampe d’orpaillage, plat, pelle et patience car une journée de recherche permet de trouver un gramme d’or en moyenne – l’équivalent de 50 euros.

2000 ans avant eux, en exploitant l’immense minière de la région de la Biella, elle-même permise par des Alpes très riches en or, les Romains ont éparpillé pour des siècles les paillettes et pépites aujourd’hui récoltées par ces adeptes, qui s’affrontent jusque dans des compétitions internationales. Un sport qui connaît chaque année un nouveau boom – les licences ont augmenté de 100 % dans la région en 2019.

Le plus grand repère d’orfèvres d’Italie

 

Mais si leur cours d’eau vaut tout l’or du monde, le filon aurifère coule à flots jusque dans les plaines de Valenza, à 100 km de là. Dans la petite ville piémontaise de 20 000 habitants, réputée pour être l’un des districts les plus grands et renommés de la bijouterie et de l’orfèvrerie, une personne sur trois travaille dans ces secteurs ! Les maîtres du creuset y côtoient les plus grandes marques – Bulgari qui y a installé son étrange bunker en 2017, Cartier a suivi.

Bien que les maîtres-orfèvres ne soient plus que 3 500, contre 11 500 orfèvres dans les années 1980, la tradition s’est perpétuée, et les outils se sont modernisés. Chez les Vendorafa Lombardi, c’est une histoire de famille : « Mon père a ouvert l’atelier en 1951. Aujourd’hui, c’est moi qui dessine les motifs de nos bijoux » raconte Daniela Lombardi.

« À Valenza, par exemple, nous sommes les seuls à pratiquer le martelage, une technique qui consiste à donner des petits coups de marteau sur les pièces d’or qui constituent les bijoux, pour la modeler« . L’or en question ne vient pas des fleuves locaux, mais de continents comme l’Afrique avant de transiter par des banques internationales s’assurant de son parcours éthique. Au total, Valenza facture 4 milliards d’euros de bijoux de luxe par an, perpétuant l’image d’Eldorado italien fièrement conquise par le Piémont.

Un article du Bureau de Rome de France Info

Reportage d’Alban Mikoczy, Gianclaudio Calderara, Anne Donadini et Valérie Parent.

 

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