En Ombrie, le spectacle arc-en-ciel de la fioritura de Castelluccio

Au début, on les cherche du regard sans les trouver. Trois heures nous séparent de Rome en voiture et nulle part encore, les vastes collines de la petite Ombrie n’ont dévoilé leur tableau bariolé de fleurs, spectacle de floraison haut-en-couleurs qui chaque année, de fin mai à mi-juillet, attire jusqu’à 300 000 visiteurs. Quand enfin surgit, entre les hauteurs, Castelluccio, petit bourg rattaché à la province de Norcia, les premiers rangs serrés de coquelicots font leur apparition.

S’ouvre enfin le théâtre de la Pian Grande : une immense plaine dévoilant sous le village 3000 hectares de coloris impressionnants, organisés en bandes rectilignes savamment orchestrées par une quarantaine d’agriculteurs. Le bleu des fleurs de lys, le rouge des coquelicots, le jaune des moutardes des champs, le blanc des marguerites. Cette belle alternance, « on la doit aux cultivateurs, chacun sème quand il veut« , explique Nello Perla, président de la coopérative de Castelluccio. Mais au milieu se cache leur plus grand trésor : des centaines de milliers de fleurs de lentilles dont le vert les rend invisibles au milieu des autres plantes, et qui constituent néanmoins le socle économique des habitants de Castelluccio. Comme l’épeautre et les pois sauvages qu’elles avoisinent, les lentilles sont vendues sur place, à des touristes parfois peu respectueux aux yeux des habitants : certains s’aventurent et piétinent les champs de fleurs, les drones bourdonnent un peu partout.

Cette année, pour la première fois, la mairie a interdit l’accès aux voitures, obligeant les touristes à arriver via des navettes, à pied ou à vélo. Mais la colère des agriculteurs a déjà pris racine avant : depuis 2016, année où deux terribles tremblements de terre ont fait s’effondrer plus de la moitié des habitations de Castelluccio, le village est toujours en grande partie démoli ; une vague d’habitants a fui, laissant au-dessus des champs de nombreuses maisons éventrées, à ciel ouvert. Sans subventions, les agriculteurs menacent de cesser le semis qui aboutit à cette floraison multicolore. Cette année déjà, les fleurs sont bien moins abondantes qu’auparavant. Reportage d’Alban Mikoczy, Léo Bensimon, Anne Donadini et Florence Crimon.

Publié le  sur le bog du « Bureau de Rome » voir ICI

Anne Donadini

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