Dans l’atelier de Filippo, tailleur rock du Vatican

Publié le 14 avril sur le site du « Bureau de Rome » de France Info

Son monde intérieur est aussi noir que ses créations sont bariolées. Partout tatoué de mystérieuses figures géométriques, percé, porteur d’une garde-robe sombre aux accents gothiques, Filippo Sorcinelli, 45 ans, est bien la preuve que l’habit ne fait pas le moine. En vingt ans, il est devenu le tailleur le plus prisé de l’Eglise Catholique ; chaque année, il confectionne plus de 2000 vêtements sacrés pour les cardinaux, évêques et papes. Benoît XVI ne jurait que par lui, et plus récemment, François lui a aussi confié la confection de quelques chasubles. Dans son grenier enchanteur se succèdent des centaines de tuniques rouges, vertes, pourpres, dorées, avec ou sans paillettes. « Plus qu’un style, chaque pape a sa sensibilité. Quant aux couleurs des robes, chacune correspond à un pays ou à une célébration particulière » détaille Filippo.

Un air d’orgue et d’encens

Aidé par une dizaine de jeunes artisans, le natif de Mondolfo, un petit bourg médiéval d’Émilie-Romagne, a installé son atelier dans un village tout proche, Santarcangelo di Romagna. Ici, les petites mains cousent et envoient des pièces sur mesure et sur commande au monde entier, de Notre-Dame au Vatican, en passant par l’Amérique du Nord ou du Sud. L’endroit est intimiste, paisible et dévoile à chaque instant la spiritualité qui drape Filippo depuis l’enfance. « Tout petit, j’accompagnais ma mère quand elle faisait le ménage à l’Eglise. Je découvrais l’encens, les vêtements sacrés, le son de l’orgue, je courais partout et découvrais l’univers de la paroisse » se remémore-t-il.

Comparant volontiers la musique sacrée à l’art liturgique, Filippo nous guide ensuite jusqu’à la petite église baroque de Mondolfo découvrir l’instrument de son enfance. Dans la lumière séraphique des vitraux, le couturier révèle son autre métier d’organiste qui, faute de pouvoir poursuivre ses concerts à travers le monde,  vient s’oublie en musiquer dans ce lieu secret qu’il connaît par coeur. Enfin, pour clore notre pieux voyage, Filippo nous invite chez lui, nouvel antre du noir, du gothique et du sacré. Ici sont exposés les multiples parfums qu’il produit et associe à ses vêtements sacrés ; l’un d’entre eux, aux relents de feu de bois, est un hommage à Notre-Dame, ravagée en 2019 par un incendie. Portrait d’un tailleur insolite. Reportage d’Alban Mikoczy, Laura Tositti et Anne Donadini.

Le site de Filippo Sorcinelli !

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